Vous naviguez en mode anonymisé, plus d’infos

La Région Nouvelle-Aquitaine

portrait dessiné de Maurice Ravel

Maurice Ravel : l’insaisissable

Temps de lecture 5 minutes

Compositeur majeur mais inclassable, Maurice Ravel demeure un mystère. Entre enracinement basque, modernité radicale et refus des étiquettes, il a marqué le XXe siècle par une œuvre singulière dont le Boléro n’est que la porte d’entrée.

Publié le mercredi 25 février 2026

Au sujet de Maurice Ravel, musicien compositeur, né à Ciboure en Pays basque, en 1875, année de l'installation définitive de la République dans le paysage politique français, dont on célèbre cette année le 150e anniversaire, les ouvrages et les émissions de radio ne manquent pas. Ravel a composé plus de quatre-vingts partitions, la plupart orchestrées, mais une seule est aujourd'hui connue, le Boléro, jouée depuis presque un siècle sur toutes les scènes musicales du monde. Mais tout cela ne suffit pas à définir un artiste qui n'est joué régulièrement en concert que depuis les années 80.
Le nom de Ravel a souvent été associé à celui de Debussy pour parler du renouveau de la musique française au XXe siècle. Là encore, cette observation n'est guère suffisante pour résumer le parcours d'un homme qui a transformé l'orchestration ; marqué l'histoire du piano comme instrument ; et figure parmi les premiers artistes à voyager outre-Atlantique au début du XXe siècle. Le philosophe Wladimir Jankelevitch, lui-même pianiste de talent, a disserté sur le mystère qui a entouré le musicien basco-parisien. A vrai dire, comme beaucoup d'autres musicologues et essayistes, il n'est parvenu à classer Ravel dans aucune école, ni aucun groupe d'inspiration.
Le musicien est en réalité plein de surprises. Le compositeur arrive là où on ne l'attend pas. Au Pays basque - qui l'a si peu inspiré et qu'il a pourtant revendiqué comme sa première patrie -, il préfère l'Espagne andalouse. A la place de la musique arabe, si proche de l'espagnole, il révèle le kaddish hébraïque. Face à la grande musique symphonique allemande, il choisit sa musique d'inspiration enfantine (L'enfant et les sortilèges ou Ma mère l'oye). Sa Valse, humblement dénommée, préfigure, par la profondeur et la vigueur de ses sonorités, son Bolero : une œuvre puissante, qui démolit la statue de la valse viennoise, institutionnalisée depuis un siècle.
 

Enraciné dans le Pays basque

Que sait-on de l'homme qui, de son adolescence à sa mort, garde le mystère sur ses liaisons amoureuses, sa technique de création musicale malgré ses pompeuses conférences ? Seules ses amitiés familiales et mondaines paraissent évidentes et pourraient le classer à gauche de la sphère politique de l'époque (la SFIO de Léon Blum). Mais là aussi, les paradoxes ne sont pas loin lorsqu'en pleine guerre de 14-18, il refuse le nationalisme musical anti-autrichien de ses collègues, tout en s'imposant par patriotisme une mobilisation sur le front que personne ne lui réclame.
Sa modestie de compositeur, affirmant qu'il est arrivé à son niveau uniquement par le travail, se heurte parfois à l'arrogance des interprètes qu'il sait remettre alors leur place. A l'image du pianiste autrichien, Paul Wittgenstein, pour lequel Ravel a composé en 1931 le Concerto pour la main gauche et qui se permet d'arranger à son goût la partition du maître.  
Ravel reste, malgré sa célébrité acquise de son vivant, l'ami attentionné de nombre de musiciens et d'écrivains contemporains qui n'ont pas tous sa fidélité. Le musicien est surtout solitaire. Il crée seul face à son piano, se construisant un monde à sa taille, comme sa petite maison de Montfort-l'Amaury, en région parisienne, au pied de la forteresse des ducs de Bretagne.
Ravel, parisien par nécessité et par relation, est enraciné dans un Pays basque qu'il a découvert, jeune homme, en hommage à sa mère et auquel il voue un immense attachement. Déjà entouré des premiers relents de célébrité dus au succès de ses premières créations, il emprunte chaque été la ligne de chemin de fer Paris-Bordeaux-Saint-Jean-de-Luz, pour retrouver sa famille basquaise. Un album de photographies a immortalisé la présence de l'artiste sur les plages où il aime prendre un bain, ou sur les bords de la Nivelle fixant l'objectif, avec son regard toujours chargé de mystères.
Comment classer Ravel dans le catalogue de la musique française du XXe siècle ? Ni impressionniste, ni néo-classique, ni dodécaphoniste, le musicien possède une marque personnelle qu'il appartient à chacun de faire sienne.

Maurice Ravel en 5 dates
  • 1875 : Naissance le 7 mars à Ciboure
  • 1889 : Entrée au conservatoire de Paris
  • 1928 : Création du Boléro à l’Opéra de Paris
  • 1933 : Premiers symptômes d’une maladie neurologique
  • 1937 : décède le 28 décembre à Paris ,après une opération du cerveau qui échoue
Couverture livre Ravel
A propos de l'auteur

Louis Bergès, archiviste-paléographe, conservateur général honoraire du patrimoine, historien, contributeur notamment du Dictionnaire de la musique en France au XIXe siècle (2003), musicien amateur, amoureux du Ravel secret, celui de la Valse et de l’Enfant et les sortilèges.

À lire aussi

      Les coordonnées de la Région

      Région Nouvelle-Aquitaine
      Hôtel de Région 14, Rue François de Sourdis CS 81383 33077 Bordeaux Cedex 05 57 57 80 00
      Région Nouvelle-Aquitaine
      Maison de Poitiers 15, rue de l'Ancienne Comédie CS 70575 86021 Poitiers Cedex 05 49 55 77 00
      Région Nouvelle-Aquitaine
      Maison de Limoges 27, boulevard de la Corderie CS 3116 87031 Limoges Cedex 1 05 55 45 19 00