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La Région Nouvelle-Aquitaine

Dessin portrait Contance de Marsan sur fond orange

Constance de Marsan, la vicomtesse qui failli être impératrice

Temps de lecture 5 minutes

Fille du puissant vicomte de Béarn Gaston VII, Constance de Marsan traverse le XIIIᵉ siècle entre alliances princières, triple veuvage et luttes d’autorité. À la tête de sa vicomté, elle incarne une baronne déterminée face au pouvoir anglo-gascon.

Publié le vendredi 27 février 2026

Peu de femmes du Moyen Âge émergent de la littérature historique régionale en dehors d’Aliénor d’Aquitaine. Constance Moncade (v. 1243/1344-1311), dont la vie est retracée dans ce livre,  est la fille aînée du puissant vicomte de Béarn Gaston VII et de la vicomtesse de Marsan Mathe de Matha.  Ses parents viennent de lignées prestigieuses (rois d'Aragon et de Castille, comtes de Bigorre, de Comminges, d'Angoulême, de Provence). Grâce à leur mariage, ils ont réuni les vicomtés de Béarn, de Marsan, de Gabardan et de Brulhois (au sud d'Agen), assurant ainsi une certaine sécurité économique aux grands troupeaux béarnais lors de leur transhumance ; Mathe et Gaston ambitionnent de gouverner de nouveau le comté de Bigorre, que tenaient les vicomtes de Marsan mais que la mère de Mathe, Pétronille de Comminges, a léguée à son petit-fils. Depuis sa naissance vers 1243 ou 1244, comme toutes les filles de la haute aristocratie, Constance est donc vouée à forger les alliances politiques les plus avantageuses pour ses parents et son père s'y emploie de façon très active. Mariée à quinze ans à son petit-cousin Alphonse, infant d’Aragon dont elle est veuve presqu’aussitôt, elle l'est ensuite le 18 mai 1269 à  Henri d’Allemagne, autre petit-cousin, neveu du roi d’Angleterre Henri III et fils du roi d’Allemagne Richard de Cornouailles. La mort d'Henri, assassiné à Viterbe le 13 mars 1271 par ses cousins de Montfort, déjoue les ambitions de Gaston. En 1279, ce dernier et son cousin Edouard Ier, roi d’Angleterre; craignant peut-être ses velléités d'indépendance, unissent Constance au comte Aymon de Genève. Ce dernier décède le 18 novembre 1281 à Mont-de-Marsan. Constance aurait pu devenir reine d’Aragon ou impératrice du Saint-Empire romain, mais son triple veuvage et l’absence d’héritier en ont décidé autrement. 

Administration du vicomté

A partir de 1281, veuve pour la troisième fois à l'âge de trente-six ans, Constance va pouvoir enfin administrer sa vicomté, vaste ensemble de 3920 km² - un tiers de l'actuel département des Landes -  qui s'étend sur le bassin de la Midouze et est bordé au sud par l'Adour. Dans ce vaste espace au peuplement dispersé, émergent deux principales villes : Roquefort, siège des premiers vicomtes de Marsan, au confluent de la Douze et de l'Estampon et, plus au sud, Mont-de-Marsan, fondée par Pierre de Marsan vers 1140, au confluent de la Douze et du Midou qui, réunis, forment la Midouze, affluent de l'Adour. Cette position avantageuse fait assez rapidement de Mont-de-Marsan une place de commerce et d'échanges dont témoignent les nombreuses maisons médiévales encore conservées aujourd'hui. Consciente de son rôle, Constance, en tant que viguière, reprend la fonction traditionnelle des vicomtes de Marsan, ses ancêtres, celle de la justice rendue au nom du duc d'Aquitaine dans la cour des Sehrs (seigneurs). Mais elle va rapidement réaliser que l'administration anglo-gasconne d'Edouard Ier lui dénie cette fonction, tenue désormais par le sénéchal du roi dans une cour située à Saint-Sever, sur la limite sud de la vicomté. 

Une résistance opiniâtre

Au cœur d’une période qui annonce les turbulences de la guerre de Cent Ans, Constance va défendre farouchement sa vicomté contre l’ingérence de cette administration dont la conception va à l'encontre de la sienne. Elle doit lutter notamment contre les empiètements des prévôts du roi-duc, contre les nombreux petits seigneurs de la vicomté qui rendent directement leur hommage au souverain. Si en 1275 elle parvient à empêcher la création de la bastide de Castetcrabe (Bougue) par le sénéchal du roi-duc, elle n'a pas gain de cause dans la fondation de celle de Saint-Gein, voulue deux ans plus tard par Edouard Ier pour des raisons sans doute stratégiques. Les relations entre rois de France et d'Angleterre se tendent progressivement jusqu'à la petite guerre de Guyenne en 1294. Cette lutte permanente contre ce que la vicomtesse estime représenter des atteintes à son autorité a amené Constance à soutenir son père Gaston VII dans ses dernières révoltes contre l'autorité ducale, puis à se révolter contre Edouard Ier. Cette attitude lui coûte son douaire, fondé sur les châteaux anglais de Tickhill et Peak Castle dans le Yorkshire, héritage d'Henri d'Allemagne et confisqué par le roi-duc. On doit notamment à la vicomtesse la fondation de deux bastides : Saint-Justin et Le Frêche. Elle incarne la résistance opiniâtre et le dernier bastion d’indépendance des grands barons gascons face à un pouvoir politique qui prépare les grandes monarchies modernes. 

Couverture livre Constance de Marsan
A propos de l’auteure

Jeanne-Marie Fritz

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