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Le Lionbot de la Région Nouvelle-Aquitaine

La Région Nouvelle-Aquitaine

Rochefort

Carnet de marche à Rochefort

Temps de lecture 9 minutes
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Nouvelle étape à la découverte de la Nouvelle-Aquitaine à la marche. Olivier Bleys s'est rendu à Rochefort avec pour compagnons : un stylo, un enregistreur audio, une caméra et un appareil photo. Suivez le guide.

Modifié le mercredi 30 septembre 2020
  • #Tourisme
  • #Particulier

J’ai une histoire avec Rochefort. Elle remonte au début des années 2 000. Alors écrivain en résidence, j’occupais un appartement dont les fenêtres, comment l’oublier ? ont ruisselé de pluie des semaines durant. Cette année-là, le réputé micro-climat des Charentes - 2250 heures de soleil par an, autant qu’à Perpignan - montrait des défaillances. 
À cette époque déjà ancienne, la superbe Hermione, réplique du navire de La Fayette, était encore en chantier ; on planifiait des travaux dans la maison de Pierre Loti ; sur certaines façades, achevait de s’écailler la peinture rose ou jaune appliquée pour le tournage des demoiselles de Rochefort. 
À ma descente du train, les souvenirs de cet automne humide affluent à ma mémoire. Mais c’est une chaleur dense, une touffeur de plein été qui m’enveloppe dès mes premiers pas hors du wagon. Depuis 1992, la place de la gare porte le nom de Françoise Dorléac, la vedette disparue de la comédie musicale de Jacques Demy. 

Carnet de Marche- Rochefort- Gare de Rochefort © Olivier Bleys
Place de la gare - Rochefort

Je traîne une valise qui contient mon matériel de reportage. Les roulettes du bagage butent sur les trottoirs, tressautent sur les pavés ronds du quartier de l’Arsenal. Certes, Rochefort n’a pas usurpé son titre de « ville d’Art et d’Histoire ». Ses quatre siècles d’existence, depuis que le Roi-Soleil a choisi d’y établir une place forte de sa puissance maritime, ont laissé partout d’émouvants vestiges. 

Il y a la grande histoire, celle qui s’inscrit durablement dans la pierre — et une autre, plus discrète, dont la ville porte aussi témoignage. 
Le bégonia, plante d’ornement à la floraison spectaculaire, doit son nom à Michel Bégon, intendant de la Marine à Rochefort entre 1668 et 1710. Une chapelle de l’église Saint-Louis abrite son tombeau. Michel Bégon était fervent collectionneur de végétaux exotiques. Le moine botaniste qu’il envoya aux Antilles en 1688, Charles Plumier, fut le premier à décrire cette plante. Il la baptisa du nom de son bienfaiteur. 
En hommage, la ville de Rochefort a ouvert voici une trentaine d’années un « Conservatoire du bégonia », qui réunit la plus importante collection de bégonias au monde. 

Entre deux séances d’arrosage artificiel, le directeur m’explique le fonctionnement du Conservatoire, les échanges qui s’opèrent avec d’autres collections, publiques ou privées, ailleurs sur la planète. 

L’aspect robuste des bégonias est trompeur, m’apprend le botaniste. Ils souffrent beaucoup de la chaleur. Moi aussi, songé-je en tirant ma valise le long de l’avenue Jacques Demy, bordée de grands entrepôts qui n’offrent aucune ombre. 
À l’extrémité se trouve l’un des monuments les plus visités de Rochefort : le pont Transbordeur du Martrou. Ce curieux pont à chariot, conçu pour faire traverser piétons et véhicules sans entraver la circulation maritime, est l’un des huit restants au monde. Je n’aurai pas le bonheur, hélas, de voyager à bord de sa nacelle suspendue : il est en travaux. 

Lors de ma première visite à Rochefort, la zone marécageuse qui enceint la ville n’était qu’en partie assainie. On peut désormais s’y promener à pied sec, grâce au plaisant « chemin de Charente » tracé le long des canaux d’irrigation. 

Après avoir louvoyé dans la campagne, le chemin pénètre en ville. Il l’aborde, ai-je envie d’écrire, tant l’impression quand on vient des champs ressemble à celle quand on vient de l’eau : d’abord, la rumeur lointaine, diffuse, d’une foule estivale ; puis les mâts des vieux voiliers qui dépassent des arbres ; enfin, le quai maçonné, les premiers bâtiments en pierre…

Je crois rentrer d’un voyage aux antipodes. « Le Jardin des retours » : tel est d’ailleurs le nom d’un labyrinthe végétal planté à proximité. 

Dans le vocabulaire maritime, une « forme de radoub » désigne un bassin assez grand pour y mettre un navire au sec. On peut ainsi procéder aux opérations dites de carénage (réparation, nettoyage…). 
Rochefort possède deux « formes » anciennes, au cœur du vaste complexe de l’Arsenal. Naguère, elles étaient abandonnées, creuses et envahies d’herbe. Les temps ont bien changé... L’eau est revenue dans la première qui accueille la superbe réplique de la frégate Hermione. C’est à bord de l’originale que le marquis de la Fayette a gagné les Amériques, se portant au secours des colons insurgés. 

Dans la seconde forme se dresse un autre navire, ou plutôt son décor. Un splendide trois-mâts, plus vrai que nature, avec son appareil complet de voiles, vergues et haubans, dans la hauteur desquels progressent d’audacieux visiteurs. Les villages forestiers ont leur « accrobranches », Rochefort a son « accro-mâts », déclinaison locale de l’attraction bien connue. Le temps me manque, hélas, de jouer les gabiers vingt-cinq mètres au-dessus du sol. 

Comme le jour décline, je quitte l’arsenal par la Porte du soleil et m’enfonce à angle droit dans la ville. Toute de pierre blanche, Rochefort n’est jamais aussi belle qu’au crépuscule d’été. 

Par chance, la maison de ma logeuse se situe à quelques pas du musée de l’Aéronautique navale. C’est par la visite de ce musée méconnu, occupant deux hangars en périphérie de la ville, que ma deuxième journée à Rochefort doit commencer.

En franchissant les grilles du musée à neuf heures du matin, je ne m’attendais pas à y trouver une grande activité. Quelle surprise de rencontrer là non seulement des groupes fournis de visiteurs, mais une véritable nuée d’employés, tous membres de l’association en charge des lieux.

Dans tous les bureaux, et dans les deux hangars dont l’un, fermé au public, abrite les appareils en cours de révision, on perce, on visse, on dessine, on inventorie… C’est une véritable ruche aéronautique — une ruche immobile, car les avions ne voleront plus — que j’explore micro à la main.

Rochefort doit son renom à la marine. On oublie la participation importante des avions — et, avant eux, des ballons dirigeables — aux activités militaires de la ville. C’est l’histoire que retrace pour moi Christian Cabanel, ancien officier pilote de l’aéronautique navale, aujourd’hui vice-président de l’association des amis du musée. Il me présente aussi sa collection d’appareils, qui comporte des pièces uniques. 

Le soleil est au zénith quand je quitte le terrain d’aviation. Tous les cent mètres, je change de trottoir en quête d’un peu d’ombre. Sous ce climat torride, un monument cerné d’une abondante végétation tropicale paraît bien acclimaté : il faut soulever quelques feuilles pour dénicher une petite statue de Pierre Loti, le célèbre écrivain-voyageur, campé ici dans son uniforme d’officier de marine.

Lors de ma résidence d’artiste, j’avais dédié un petit livre, L’épître à Loti (éd. l’Escampette), à ce romancier des lointains. Mais sa maison qu’on visitait librement, alors, est en chantier. 

Faute de mieux, je reprends ma marche à l’heure où les touristes, plus raisonnables, s’attablent pour déjeuner sous les parasols. Les rues sont désertes. Parfois, l’ombre qui court le long des façades a l’épaisseur d’un trait de crayon.

Défile alors sous mes yeux le décor élégant, un peu théâtral, du Rochefort touristique : la place Colbert ; l’église Saint-Louis ; un ancien clocher devenu tour des signaux pour la marine…

Retour à l’Arsenal. Irradiée de lumière, la Porte du soleil n’a jamais mieux porté son nom. 

J’essaie de photographier la Corderie Royale, où l’on confectionnait les cordages destinés à équiper les navires. C’est à la longueur des plus longues amarres (une encablure, deux cents mètres environ) que ce bâtiment doit ses dimensions hors norme. Hélas, quel que soit l’angle choisi, ses 374 mètres d’un seul jet sont impossibles à loger dans le viseur de mon appareil. 

En comparaison, la réplique du Radeau de la Méduse exposée dans la cour du Musée National de la Marine paraît miniature. Cent cinquante hommes s’y sont pourtant entassés, rescapés du tragique naufrage de leur frégate. 

Sur le chemin de la gare, je longe le port de plaisance où s’alignent les voiliers modernes.

Avec leurs coques lisses et leur profil affûté, leurs balises Argos et leurs winches à manivelle, ils n’ont plus guère à voir avec les majestueux vaisseaux d’autrefois. C’est un même rêve pourtant qu’ils matérialisent, un rêve qui n’a cessé, depuis quatre siècles, d’inspirer habitants et visiteurs de Rochefort : le rêve des départs au loin. 
Après vingt-deux kilomètres de marche, je crois bien, moi aussi, l’avoir nourri sur les bords de la Charente.

Carnet de Marche- Rochefort-La Charente 7 © Olivier Bleys
Carnet de Marche- Rochefort-La Charente

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