Interview de Interview : Vincent Bretagnolle
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Pourquoi, dans ce rapport, avoir analysé la biodiversité en tant que composante essentielle pour l’économie en Nouvelle-Aquitaine ?
Interview : Vincent Bretagnolle :Nous sommes partis de l’idée que l’interaction entre une société humaine et un écosystème est cruciale. La société humaine exploite l’écosystème et celui-ci subit la pression de cette société et y réagit. La région Nouvelle-Aquitaine est la plus grande région agricole d’Europe, elle vit aussi de l’écotourisme, des ressources halieutiques et du bois. L’économie de la Nouvelle-Aquitaine repose avant tout sur l’exploitation des ressources naturelles, donc de la biodiversité. Ecobiose quantifie, sur la base de la littérature scientifique, les impacts économiques et culturels de la biodiversité. Il ne s’agit pas juste de faire un état des lieux, mais de quantifier son rôle.
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Vous soulignez que l’impact de la nature sur les activités productives est en fait très important…
Interview : Vincent Bretagnolle :On se rend compte qu’il existe des effets très positifs et pas du tout marginaux : la biodiversité permet d’augmenter les rendements. Par exemple, sur la production de colza et de tournesol, la multiplication du nombre d’abeilles par 100 permet une hausse de 40 % des rendements. La pollinisation du colza par les abeilles représente 120 euros de plus par hectare pour l’agriculteur. En forêt, le simple fait d’avoir ne serait ce que deux espèces d’arbres plutôt qu’une seule augmente de 15 % la biomasse produite. Dans les prairies, cette hausse est même de 60 %. En vigne, maintenir les couverts enherbés entre les rangs stocke une tonne de CO2 par hectare et par an de plus que lorsqu’ils sont labourés. Les effets positifs de ce type se déclinent dans tous les domaines.
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Y-a-t-il des espèces plus menacées que d’autres ? Quelles sont les atteintes à la biodiversité les plus préoccupantes en Nouvelle-Aquitaine ?
Interview : Vincent Bretagnolle :Nous nous sommes intéressés à la biodiversité fonctionnelle autant qu’aux espèces communes ou aux espèces patrimoniales. Le déclin des espèces ordinaires est souvent occulté, mais très impactant. Il est clair que le déclin des insectes, et notamment des pollinisateurs est un sujet de préoccupation majeur. Même chose pour les oiseaux. Ils sont au sommet de la chaine alimentaire et indiquent donc un dysfonctionnement global des écosystèmes. Dans le sud des Deux-Sèvres, 90 % des populations de perdrix a disparu en 25 ans et un tiers des populations d’alouettes. C’est préjudiciable d’un point de vue cynégétique, car nous sommes la plus grande région de France en nombre de chasseurs. Mais cela a aussi un impact direct sur l’agriculture. En effet les oiseaux régulent les populations d’insectes en été, et en hiver mangent les graines de la flore spontanées, qu’ils éliminent à près de 50 %.
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Qu’est ce qui impacte la biodiversité ? Quels sont les facteurs d’aggravation ?
Interview : Vincent Bretagnolle :Le déclin est global et assez prononcé, notamment dans les systèmes agricoles, viticoles et dans une moindre mesure, forestiers. Il y a deux raisons principales à cela : l’intensification des pratiques agricoles (plus de pesticides et de mécanisation), et la simplification des paysages, qui aboutit à l’élimination des haies, des inter-rangs dans les vignes, des prairies, menant à une uniformisation. On peut ajouter à cela l’artificialisation des terres. La Gironde et la Charente-Maritime détiennent sur leur littoral un record d’espaces bétonnés. D’où l’importance de mettre en place des mesures de politiques publiques, pour gérer convenablement la ressource et maintenir la biodiversité.