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  1. Quelles solutions pour le recrutement en Nouvelle-Aquitaine ?
Seminaire recrutement © Joel Peyrou

Quelles solutions pour le recrutement en Nouvelle-Aquitaine ?

La Région organisait, le lundi 22 janvier, un séminaire sur la problématique du recrutement en Nouvelle-Aquitaine. Son ambition : miser sur le dialogue entre les différents acteurs de l’emploi et de la formation pour faire émerger des solutions face aux difficultés de recrutement des entreprises.

En Nouvelle-Aquitaine, 29 800 postes ne sont pas pourvus (environ 4 % des offres d’emplois), alors même que le chômage affecte, selon les territoires, 7 à 11 % de la population active.
« Un gâchis humain, économique et industriel inconcevable », selon Alain Rousset, président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine. D’où l’organisation par la Région du séminaire de travail « Recruter ! », qui a permis à des professionnels de tous horizons (recrutement, métiers de la formation, représentants des filières professionnelles, acteurs de l’État, représentants des cadres, responsables de services de ressources humaines) de se rencontrer, d’échanger autour d’analyses d’experts, de confronter leurs pratiques, et enfin de proposer des pistes d’actions à l’échelle du territoire.

Quelle vision du travail côté salariés ?

Hervé Garnier, secrétaire national de la CFDT en charge du travail a ouvert un premier tour de table en rendant compte des tendances de fond issues de la « Grande enquête nationale sur le travail », menée auprès de 200 000 salariés à l’approche des dernières présidentielles. En ressortent quelques résultats qui vont parfois à l’encontre des idées reçues. On y relève, par exemple, que 76 % des personnes interrogées aiment leur travail ; que le salaire importe, certes, mais que les attentes sont très fortes quant à la relation aux autres ou à l’articulation entre vie professionnelle et vie personnelle ; ou encore que 40 % des salariés ont l’impression de passer plus de temps à rendre des comptes qu’à travailler et que 74 % d’entre eux préfèreraient disposer de plus d’autonomie. La question du sens se pose donc bel et bien pour les salariés… et il est fort probable qu’elle soit également au cœur des préoccupations des candidats potentiels.

Et côté entreprises ?

Que retenir du rapport au recrutement des entreprises ? Elles qui peinent à recruter au point que près de 30 000 offres d’emploi restent non pourvues dans la région. Serait-ce là un mal typiquement français ? D’après une enquête conduite par ManpowerGroup en 2016/2017 sur la pénurie de talents, 23 % des entreprises de l’Hexagone rencontreraient des difficultés de recrutement. Un chiffre élevé, trop élevé. Mais relativement bas en comparaison des Etats-Unis où ce taux se monte à 46 % ! Et à 49 % en… Allemagne. « Il nous semble important de relativiser cette proportion », précise en conséquence Morad Ben Mezian, auteur de l’étude de France Stratégie « Renforcer la capacité des entreprises à recruter. » Son credo : « Les employeurs expriment souvent leurs attentes, singulières, avec les mêmes termes génériques : motivation, autonomie, capacité d’initiative, car ils ont des difficultés à identifier précisément et à anticiper leurs besoins de compétences. » Une manière d’expliquer que la quête parfois vaine d’un ‘‘mouton à cinq pattes’’ peut retarder, voire empêcher un recrutement ciblé sur les véritables compétences rattachées à un poste.

Retours d’expériences

De multiples initiatives territoriales ont également enrichi les réflexions de l’assemblée, comme l’anticipation des besoins dans les métiers du cuir avec le retour d’expérience de Lim-Group à Nontron (24) ou encore les formations d’Aérocampus (Floirac, 33) aux métiers de la maintenance. Autre exemple : la formation de demandeurs d’emplois et d’étudiants par la boutique de l’emploi de Limoges (87). Son directeur, Mustafa Gursal, évoque des sessions intensives de quatre semaines permettant « à 70 % des personnes concernées de trouver à court terme un emploi stable » (au minimum un CDD de 3 mois). La recette ? Pour l’essentiel, « amener ces personnes à engager une action de promotion de leurs compétences ».

Faire émerger des solutions

L’après-midi a, quant à elle, été rythmée par cinq ateliers visant à répondre collectivement à des problématiques concrètes, de la question de l’image des métiers à l’anticipation des besoins des entreprises, de la création d’une force d’intervention rapide « Recrutement » aux nouvelles relations du salarié au travail.
De nombreuses pistes d’action ont ainsi émergé et la Nouvelle-Aquitaine est d’ores et déjà mobilisée pour les concrétiser avec tous ses partenaires, et prête à renforcer encore son engagement sur les fronts de l’aménagement du territoire et de la formation. Pour illustrer cette volonté, le séminaire s’est clos par la signature d’une convention entre Pôle emploi et la Région visant à conjuguer leurs efforts en direction des demandeurs d’emploi et des entreprises du territoire.

Formation professionnelle : quel engagement de l’Etat ?

Présente au séminaire, Estelle Sauvat, haut-commissaire à la transformation des compétences, a annoncé un engagement de l’Etat à hauteur de 52 millions d’euros pour la Région en 2018 (environ 11 500 entrées en formation supplémentaires). Elle a également indiqué que les six prochains mois permettraient d’affiner les priorités et d’identifier « les secteurs qui nous intéressent en matière d’investissements complémentaires. » Après discussion (et contractualisation), ce plan d’investissement ciblé représentera une somme comprise entre 459 et 573 millions d’euros en Nouvelle-Aquitaine pour la période 2019-2022.