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  1. L’Intelligence Artificielle, risque ou opportunité ?
Université du futur © Françoise Roch

L’Intelligence Artificielle, risque ou opportunité ?

Dans le cadre du lancement de l’Université du Futur, la Région Nouvelle-Aquitaine a organisé le lundi 28 mai, une conférence sur l’Intelligence Artificielle (IA) à Poitiers avec un triple objectif : aider les citoyens à prendre conscience de ce qu’est l’IA dans leur quotidien, comment ne pas subir la transformation numérique et comment l’anticiper pour qu’elle profite à tous.

« Intelligence Artificielle, la dernière invention de l’homme ? » C’est sur cette thématique que la Région Nouvelle-Aquitaine a initié son cycle de conférences qui s’intègre dans le cadre de l’Université du Futur, outil de prospective et de réflexion sur la révolution numérique.
Plus de 700 personnes étaient présentes à ce rendez-vous organisé dans l’auditorium du Théâtre de Poitiers, également retransmis sur internet et France 3. Cette conférence, animée par Sophie Fay, rédactrice en chef de l’Obs, a réuni des personnalités de renoms* et d’horizons très différents, économistes, médecins, paléoanthropologue, politiques, militaire… Ils ont échangé sur les conséquences sociales, médicales, sécuritaires, économiques, éthiques… de l’intelligence artificielle.
« Un espace de réflexion nécessaire avec la société civile, car le temps technologique va plus vite que le temps politique, souligne Alain Rousset, président de la Région Nouvelle-Aquitaine, lors de son propos introductif. Il n’y a pas un domaine qui soit à l’écart de cette révolution. Ce débat d’idées est important pour mieux appréhender l’avenir et faire en sorte que ce nouveau modèle de développement ne laisse pas d’individu au bord du chemin. »

Faut-il avoir peur du futur ?

Aujourd’hui l’IA soulève de nombreuses interrogations en termes d’emploi, d’éthique, de libre arbitre… Pour autant, Nicolas Bouzou, économiste et essayiste, se veut rassurant : « Les opinions publiques ont une image négative du monde. Il est pourtant beaucoup plus sûr et beaucoup plus juste que nous le pensons. A l’échelle mondiale, les inégalités n’ont jamais été aussi faibles qu’aujourd’hui. Le monde n’a jamais été autant rempli d’opportunités positives. »
Un décalage entre la réalité des chiffres et le ressenti des populations qui s’explique en partie par une confrontation à « cette vague d’innovation plus rapide et plus capitalistique que ce que nous avons connu jusqu’alors, formidable et inquiétante en même temps ». Mais qui impose de ne pas passer à côté du mouvement, d’où la nécessité « de faire de la pédagogie du futur et de l’avenir et d’encourager les investissements ambitieux dans l’innovation au niveau européen. Pour passer de l’innovation pour quelques-uns au progrès pour tous, il faut en effet que l’Europe s’impose comme une puissance technologique et économique. »
Une des grandes inquiétudes vis-à-vis de l’IA est la perspective que la machine remplace l’Homme. Pour Antoine Bouzou, la complémentarité est primordiale. « L’intelligence artificielle ne pourra jamais égaler nos capacités de créativité, d’empathie et de vision systémique des choses qui nous sont propres et qui nous distinguent de la technologie. »
Un sentiment que partage Antoine Petit, président du CNRS. « L'IA ne va pas remplacer l'homme dans l'ensemble des tâches qu'il accomplit, mais surement dans celles les moins intéressantes. Le futur, c'est la coopération entre cette intelligence artificielle et l'Homme au sens large. »

Médecine du futur

François Vincent, médecin pneumologue et conseiller régional délégué à l’Université du Futur, s’inscrit dans cette vision : « Aujourd’hui, dans le domaine médical, il y a des algorithmes capables de détecter des mélanomes cancéreux mieux que les meilleurs spécialistes. Mais il faut bien avoir en tête que ce sont les hommes qui écrivent ces algorithmes. La plus grosse inquiétude, n’est pas que les machines prennent le pouvoir, mais qu’il y ait des bugs. »
Pour celui-ci, l’intelligence artificielle augure des promesses fantastiques dans la détection des maladies, par une meilleure analyse du génome humain, par exemple, mais aussi dans l’opportunité de pouvoir mettre en commun l’ensemble des données médicales à l’échelle de la France et de l’Europe et ainsi aller vers une médecine plus collaborative. « Des questions d’éthique et de bioéthique se poseront malgré tout », rappelle Alain Claeys, maire de Poitiers, spécialiste de la bioéthique.  
Le professeur Pierre Corvol, membre honoraire du Collège de France a alors décrit une médecine dite des 3P, Prédictive, Préventive, Personnalisée à laquelle s’ajoute un nouveau P : Participative. « Grâce à l'IA, le patient sera lui-même en mesure d'apporter des informations complémentaires au soignant. »

Résister à la suprématie des GAFA

Une des grandes questions porte aussi sur la capacité de l’Europe à résister à la suprématie des GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple). Pour André Loesekrug-Pietri, entrepreneur et directeur du fond d’investissement JEDI, « il faut créer une vision alternative et faire preuve d’audace. Ce qui doit passer par l’innovation de rupture. C’est une chance, car rien n’est figé. Mais pour cela, il faut se donner les moyens financiers, décider très vite - celui qui impose le rythme impose sa norme -, et ne pas avoir peur de l’échec. Les Etats, en Europe, ont un rôle à jouer. Mais, aujourd’hui, les différents gouvernements n’ont pas l’agilité et la flexibilité suffisantes. Les territoires tels que les régions constitueront des terrains d’expérimentation, il faut faire confiance à la société civile. » 

IA : prendre les bonnes décisions en matière de défense

Pour conclure, le Général Denis Mercier, commandant suprême de l’OTAN, a donné sa vision de l’Intelligence Artificielle dans le domaine militaire, dont les problématiques ne sont d’ailleurs pas éloignées de celles du monde civil. « Nous sommes également passés d’un monde complexe à un monde compliqué, qui nous impose de comprendre les enjeux de façon globale et de construire des organisations résilientes qui s’appuient, pour prendre les bonnes décisions, sur deux ressources stratégiques non dissociables : les données (big data) et l’Homme. »
Cette rencontre n’a bien évidemment pas pu aborder toutes les questions, aussi, l’Université du Futur a d’ores et déjà prévu deux nouveaux rendez-vous pour en débattre, à Bordeaux le 13 septembre et à Limoges en novembre.  

* Les participants : Nicolas Bouzou, économiste-essayiste, directeur-fondateur d’Asterès ; Antoine Petit, chercheur et président du CNRS ; Pascal Picq, paléoanthropologue et maître de conférences au Collège de France ; François Vincent, professeur agrégé de médecine et conseiller régional délégué à l’Université du futur ; Alain Claeys, Maire de Poitiers et président du Grand Poitiers, spécialiste de la bioéthique et co-auteur de la loi Claeys-Leonetti relative à la fin de vie ; Pierre Corvol, docteur en médecine et professeur honoraire au Collège de France ; Nicolas Miailhe, chercheur sur l’Intelligence Artificielle, co-fondateur de « The Future Society » et de « The Al Initiative » à Harvard ; André Loesekrug-Pietri, entrepreneur, directeur du fond d’investissement Jedi, Joint European Disruptive Initiative (outil de financement des start-ups spécialisées dans les nouvelles technologies) ;  Général Denis Mercier, Commandeur suprême de l'OTAN

 

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