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  1. Le festival et le territoire
Archive au festival Cognac blues passion 2017 © Archive-David Levine- Cognac Blues Passion 2017

Le festival et le territoire

A l’occasion du lancement des festivals d’été, la Région avait invité tous les festivals de Nouvelle-Aquitaine à une première réunion d’échange. Une première occasion pour les organisateurs de festivals de se rencontrer à l’échelle du nouveau territoire.

Un paysage très diversifié

L’objectif de cette réunion très ouverte était de faire émerger les problématiques communes aux festivals mais aussi d’évoquer les premières pistes de réflexions. La question leur était posée en introduction par France Ruault, directrice de la culture à la Région : « comment faire opération commune sur le grand territoire de la Nouvelle-Aquitaine ? »

Le paysage des manifestations estivales est pour le moins hétérogène. Les grands festivals d’envergure nationale comme Les Francofolies, Garorock ou le Reggae Sun Ska évoluent à une toute autre échelle que la plupart des festivals qui maillent le territoire, jusqu’aux plus petits, la majorité sans doute, portés par une poignée de bénévoles et quelques milliers d’euros de budget. Pour Rafael Estevez, le directeur d’Arte Flamenco à Mont-de-Marsan, « La région a besoin de locomotives et de petits festivals structurants pour les territoires, notamment les territoires ruraux. » Géraldine Buisson  et Thyphaine Guy de Fest’arts, festival international des arts de la rue à Libourne, proposent le mot « infusion, ce n’est peut-être pas joli mais cela dit une permanence artistique sur le territoire d’un festival appuyé sur des structures pour une proposition à l’année. » Pour Rafael Estevez, « on devient structurant lorsqu’on est plus indispensable, quand on a réussi à susciter suffisamment d’envie et de prise en main par le territoire, lorsque le festival a contaminé le territoire. »

Les festivals, des éléments d’attractivité forts

Quelques festivals étaient invités à se présenter sous l’angle de l’attractivité, en binôme avec leur office de tourisme. L’unanimité semblait de fait. Chacun pense aujourd’hui que les festivals sont des éléments d’attractivité du territoire et doivent fonctionner avec les acteurs touristiques…sans toujours arriver à tresser autant de liens qu’il le voudrait avec son homologue de l’office de tourisme.

Jean-Louis Bordier, directeur de Paroles de conteurs, festival du conte de Vassivière, rappelait qu’à ses débuts, on le considérait comme un monstre d’envisager son festival comme un événement touristique et de le qualifier de « produit de tourisme culturel ». « A l’époque, 85% des festivaliers venaient de régions hors Limousin » rappelle-t-il. « Aujourd’hui, nous avons 25% de festivaliers qui viennent du Limousin grâce notamment à notre travail avec les acteurs touristiques locaux. »

Arte Flamenco a fait réaliser une étude impact économique en 2016, l’occasion de réaliser pour le festival qu’il est bien « une véritable locomotive » pour la ville peu touristique de Mont-de-Marsan. « L’étude nous conforte dans le fait que nous sommes un élément d’attractivité du territoire très fort à Mont-de-Marsan. Avec, par exemple, 538 000 euros de retombées directes sur les commerçants du centre-ville, ce n’est pas négligeable. Notre travail pour le tourisme de la ville, c’est d’inciter les festivaliers à venir et revenir, développer un pack avec ce que la ville a à offrir, donner un langage… »

Cette complémentarité festival et tourisme peut se jouer à un autre niveau. C'est le cas à Marmande où l'office de tourisme a adossé Garocamp, une rencontre professionnelle pour acteurs culturels à la grosse machine qu'est le Garorock. Les deux sont, à leur façon, des vitrines du territoire et participent de son dynamisme.

Mais bon nombre des interventions des organisateurs présentaient les difficultés récurrentes des festivals : temps passé par les bénévoles, lacunes techniques, augmentation des cachets artistiques, des coûts de la sécurité, de la logistique…et la baisse des financements publics. Jean Philippe Brothier fondateur du festival de cinéma Ecran vert posait la question de la professionnalisation et celle de l’agrandissement d’un événement. Depuis 8 ans, Ecran vert, festival éco-citoyen de La Rochelle a peu-à-peu grandi. Il est reconnu d’utilité publique depuis 2015. Mais « comment basculer d’un festival de bénévoles à un événement qui arrive à salarier ? »

La question de la mutualisation

Pour Michel Roland de l’association Blues Passion, organisateur du festival de Blues de Cognac, une réponse réside certainement en partie dans la mutualisation. Son festival partage ses équipes, son budget, ses compétences, des bénévoles avec le Freemusic festival de Montendre.

Cette solution de la mutualisation a également été retenue par le territoire du Haut-Limousin qui s’est fédéré avec la marque Haut-Limousin, terre de festivals. Cette marque culturelle permet à 3 festivals de faire communication commune sur le territoire très rural du Haut-Limousin. « Elle nous permet de proposer des esthétiques différentes tout au long de l’été : musique classique, théâtre, danse, musique actuelle. Cela fait une offre cohérente sur le territoire » explique Martin Kubich, directeur délégué de la ferme de Villefavard. De son côté Arte Flamenco rappelait qu’il met à la disposition des autres festivals l’ensemble de son matériel tout au long de l’année.

Rendez-vous a été pris à la rentrée pour mettre en place des groupes de travail et faire remonter les besoins et propositions de chaque type d’événement. L’objectif pour la Région est de construire une étude fine d’impact selon les esthétiques, les territoires pour arriver par la suite à contractualiser avec eux. Le travail sur la refonte du système d’aide est en cours. La loi Nôtre donne cinq ans pour harmoniser l’ensemble des dispositifs d’aide entre les trois anciennes régions. C’est, entre autres missions, le travail de la conférence territoriale permanente de la culture.