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  1. Le biocontrôle, outil d'innovation de l'agriculture d'aujourd'hui et de demain
Vignes ©

Le biocontrôle, outil d'innovation de l'agriculture d'aujourd'hui et de demain

Ce mardi 23 mai, la 3e édition des Etats généraux de l'innovation avait lieu au Parc des expositions de Bordeaux, dans le cadre du Salon de l'agriculture Nouvelle-Aquitaine. L'occasion de se pencher sur le biocontrôle, alternative aux produits phytosanitaires de synthèse, qui pourrait améliorer la productivité, la bonne santé et l'économie de la filière.

C’est en 1890 que les prémices du biocontrôle sont pour la première fois testés et identifiés par les agriculteurs. L’utilisation de la coccinelle est alors utilisée comme lutte naturelle contre les pucerons et les micro-guêpes. Après de larges efforts de recherche entre 1960 et 1980, le biocontrôle est aujourd’hui en plein développement.
Son principe est simple : il s’agit de mettre en œuvre un ensemble de méthodes de protections des végétaux par l’utilisation de mécanismes naturels. Se créent peu à peu au fil des années des produits et agents comprenant des macro-organismes, micro-organismes, médiateurs chimiques ou substances d’origine végétale, animale ou minérale. Le but : utiliser des solutions sans risque pour la santé humaine, la santé animale et l’environnement.

« Ce type d’innovation doit rebattre les cartes de ce qui se fait dans le secteur agricole en Nouvelle-Aquitaine », explique Dominique Graciet, président de la chambre régionale d’agriculture, qui introduisait cette matinée des Etats généraux de l’innovation du Salon de l’agriculture à Bordeaux. « Pour cela, nous devons informer et mettre du lien entre tous les acteurs sur le sujet : les scientifiques chercheurs, les agriculteurs et les pouvoirs publics ».

Jean-Pierre Raynaud, vice-président du Conseil régional en charge de l’agriculture, soutient lui aussi que le réseau régional actuel est un bel exemple de la co-construction nécessaire dans cette nouvelle manière de produire indispensable à l’évolution de la profession. « La Région a fait de l’innovation et de la recherche des priorités, notamment dans nos compétences en matière d’agriculture. Nous avons ainsi déjà financé plusieurs start-ups en pointe sur le sujet et continuons d'y développer notre énergie».

Le réseau régional d’innovation (RRI) a ainsi vu le jour en 2016. Il rassemble la Chambre régionale et le réseau des Chambres d’agriculture de Nouvelle-Aquitaine, ainsi que des organismes de recherche et d’enseignement supérieur, les instituts techniques représentés par l’ACTA, un établissement de recherche et développement (Ovalie Innovation), l’Etat et la Région. Son objectif : orienter et prioriser les thématiques d’innovation et optimiser les moyens. Tout cela pour créer un écosystème propice à l’innovation, dans lequel s’inscrit pleinement la thématique du biocontrôle.
 

Biocontrôle - états généraux de l'innovation
Biocontrôle - états généraux de l'innovation

Des exemples divers et contrastés

Le défi est aujourd'hui de comprendre et maîtriser les facteurs du succès du biocontrôle. Pour cela, lors de cette matinée, plusieurs "expérimentateurs", créateurs ou chercheurs, ont présentés leurs initiatives sur le sujet.
Marie-Claire Grosjean-Cournoyer, Directrice des affaires scientifiques de Bayer CropScience France, explique que le biocontrôle fait partie de la stratégie d'innovation du grand groupe, même s'il ne représente actuellement qu'une très faible part de la production. 
Emilie Maugin, membre du GIE Fleurs et Plantes Astredhor présente les succès et limites de plusieurs expériences de biocontrôle en horticulture et pépinières.
"Le biocontrôle, pour schématiser, cela peut être par exemple la vigne au service de la vigne", explique quant à lui Jérôme Guillard, professeur de l'Université de Poitiers travaillant sur la recherche en chimie organique. Le concept de sa solution innovante de biocontrôle : utiliser une molécule de la vigne pour protéger globalement les champs de vignes contre les maladies du bois. 
Sur le même créneau, les établissements Jouffray Drillaud, basés près de Poitiers, produisent une nouvelle solution de biocontrôle baptisée Messager. Il s'agit du premier produit d'origine naturelle, homologué à la fois sur l'oïdium et sur le mildiou. Cette spécialité répond aux attentes des viticulteurs soucieux de réduire leurs fertilisants et pesticides fongicides pour lutter contre ces maladies de la vigne, particulièrement préjudiciables au rendement.
Patrice Rey, enseignant chercheur de la Chaire Industrielle ANR GDTfree sur les maladies du bois de la vigne, tempère dans un même temps l’engouement de certains. « L’efficacité peut aussi être variable et il est nécessaire d’envisager une vraie information des consommateurs sur ce type de production, dans les étals des primeurs notamment ». En effet, agriculture biologique et biocontrôle sont deux choses différentes et le grand public n’est aujourd’hui pas au fait de cette seconde méthode de culture agricole.
Une large marge de progression est donc à envisager en terme d'information et avant tout d’utilisation par le monde agricole : le biocontrôle ne représente actuellement que 5% du marché phytosanitaire.

Taupin’up, le bio-contrôle pour réduire les pesticides

Présenté au salon de l’agriculture, Taupin’up est emblématique des dernières recherches en agro-écologie. Labellisé par le pôle de compétitivité Agri Sud-Ouest Innovation, le programme recherche des solutions naturelles pour lutter contre les ravageurs de la vigne et du maïs.

Le projet a été retenu en 2015 dans le cadre du 20e projet du Fond Unique Interministériel (FUI). Taupin’up est porté par la société M2i développement de Lacq, spécialiste de la chimie du bio-contrôle. La société porte le programme en partenariat avec cinq structures néo-aquitaines : Euralis, une coopérative agricole, Arvalis, l’institut du végétal, le laboratoire Uppa/Iprem, le centre de mathématiques appliqués Armines-CMA et Canoe, centre de recherche et développement sur les matériaux composites.

Le ver de la grappe et le taupin sont des vers de la vigne et du maïs. Ils occasionnent chaque année des pertes de rendements importants pour les exploitations. La lutte traditionnelle contre ces ravageurs passe par l’usage d’agents phytosanitaires reconnus dangereux pour l’homme et l’environnement. La nécessité de développer des solutions alternatives sans impact est donc pressante. Pour mémoire, si la vigne française représente 3,7% de la surface agricole française, elle consomme à elle seule 20% des pesticides du pays.

Des phéromones pour l'efficacité et la baisse des coûts

Le but du projet est de fournir aux agriculteurs une solution efficace pour protéger leurs cultures sans plus aucun recours aux pesticides. Taupin’up s’appuie sur l’usage des phéromones, ces odeurs spécifiques émises par un insecte pour communiquer avec ses congénères. M2I s’est fait fort de reconstituer ces odeurs par bio-mimétisme. Imitant l’odeur de la femelle, les phéromones de synthèse attirent l’insecte dans un piège pendant toute la période de la culture. Les populations des ravageurs sont alors réduites avec la même efficacité que le ferait un pesticide. Différence de taille,  cette forme de lutte biologique est respectueuse de la flore et des sols. Elle est également sans impact sur les pollinisateurs.

Un des intérêts de Taupin’up réside dans son approche très pratique. Le programme développe de nouveaux supports de diffusion de ces phéromones pour optimiser l’efficacité de ces traitements mais aussi en diminuer le coût.  La diffusion de phéromones sera réalisée grâce à des diffuseurs biodégradables qui éviteront  des manipulations supplémentaires en fin de saison. L’objectif visé est donc  triple : efficacité de la lutte, respect de l’environnement et de la santé, facilité d’emploi et intérêt économique.

Les technologies développées seront hautement valorisables en étant applicables au cas de nombreux autres ravageurs des cultures.

Ce projet est doté d’un budget global de 3,2 millions d’euros. Débuté en janvier 2016, il court sur quatre ans. La région soutient Taupin’up à hauteur de 605 250 € soit 18.9 % du budget global.