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  1. Aigle : la botte "made in" Nouvelle-Aquitaine
Aigle © OPDT

Aigle : la botte "made in" Nouvelle-Aquitaine

Le site de production d’Aigle a fêté ses 50 ans à Ingrandes-sur-Vienne (86). Fondée par un Américain, la marque est installée depuis 1967 dans un ancien camp militaire.

Savoir-Faire

Paris, 1853. L’histoire d’Aigle commence avec la rencontre de deux Américains : un inventeur obstiné et un ingénieur au sens aigü des affaires. Le premier, Charles Goodyear, s’est pris de passion pour le caoutchouc, cette matière issue du latex de certaines plantes, dont l’hévéa. Le caoutchouc a eu son succès mais l’engouement est vite retombé : au soleil, il fond et le froid le rend dur comme de la pierre. Charles Goodyear n’en démord pas. Au bout d’une vie misérable de travail, il parvient à stabiliser la matière : en chauffant un mélange de caoutchouc et de soufre dans une atmosphère sous pression. La vulcanisation est née. Le procédé fera la fortune d’Hiram Hutchinson, notre second Américain. L’ingénieur rachète le brevet à Charles Goodyear avec une idée en tête : produire des bottes en caoutchouc qui chausseront le monde rural français. Hiram Hutchinson fonde la Compagnie européenne du caoutchouc souple. Elle diversifie ses activités dans l’automobile, l’industrie et les biens de consommation. Et il nomme sa marque de botte « À l’Aigle », en hommage à l’aigle américain.

Aigle
Aigle © OPDT
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Deux ans pour apprendre le métier

Plus de 160 ans après cette rencontre, Aigle est un fleuron du « made in France » qui concilie geste artisanal et innovation. La marque appartient depuis 1994 au groupe suisse Maus, propriétaire de Lacoste et de Gant. Elle a obtenu le label Origine France Garantie en 2016, qui certifie une production française. Et en Nouvelle-Aquitaine, son site de production a fêté ses 50 ans en juillet dernier, à Ingrandes-sur-Vienne, au nord de Châtellerault.
Aigle a déménagé en 1967 dans une des dernières bases militaires américaines désertées. Saint-Ustre est depuis une zone d’activité, où se fabriquent 3 500 à 4 000 paires de bottes chaque jour. Le site d’Ingrandes compte 450 salariés. Et parmi les 220 employés à l’atelier, deux tiers sont des femmes, appliquées à des tâches minutieuses de préparation ou d’assemblage des bottes à la main. Du premier travail du caoutchouc jusqu’à la vulcanisation, 60 étapes de fabrication sont nécessaires pour monter une botte. Les gestes sont sûrs, parfaitement exécutés et répétés. Selon les postes, il faut jusqu’à deux ans de formation pour apprendre un métier qui n’existe que chez Aigle.

Une botte madeleine de Proust

C’est ce savoir-faire français qui a donné un nouveau souffle à la marque. Sauvée de la faillite en 1989, Aigle arrive en 1993 au Japon avec un positionnement « lifestyle » et une botte de mode qui séduit immédiatement. 46 % des ventes de la marque (bottes et vêtements) se font désormais en Asie. Le marché de la botte faite à la main reste toujours bien implanté dans le monde agricole (qui représente 45 % de la production du site) et la chasse. Mais en France, la mode a redynamisé une marque madeleine de Proust : qui ne connaît pas la Régate, la fameuse botte marine avec ses deux bandes blanches, ou la Lolly Pop, la petite botte pour enfant ? En 2009, en pleine marée noire provoquée par le naufrage de l’Erika, Aigle a même été sollicitée par l’ex-Région Poitou-Charentes pour une commande à expédier en catastrophe sur la côte. Face à l’évolution de ses clients, l’entreprise a rénové ses méthodes de production. Un subtil exercice qui doit « mettre l’industrie au service de l’artisanat », explique Jacques Pellissier. L’actuel directeur du site compare Aigle à un maroquinier haut de gamme. Le PDG du groupe, Romain Guinier, vient de Louis Vuitton et Jacques Pellissier est lui-même un ancien des cosmétiques Christian Dior. Le point commun avec les bottes ? Une inimitable excellence à la française.

Chiffres clés
Charles Goodyear, l’inventeur maudit

Né en 1800, Charles Goodyear est un quincailler de Philadelphie ruiné par la crise de 1828 lorsqu’il s’intéresse au caoutchouc. La matière est instable et Charles Goodyear va d’échec en échec : il est plusieurs fois emprisonné pour dettes et six de ses douze enfants meurent de malnutrition. Même lorsqu’il met au point la vulcanisation, il n’arrive pas à tirer profit du procédé. L’Anglais Thomas Hancock dépose le brevet avant lui ! Charles Goodyear finira sa vie en procès, et meurt, en 1860, totalement ruiné.

A noter

Aigle organise des visites de son atelier. Plus d’information au 05 49 02 38 00. Le magasin d’usine basé à Ingrandes-sur-Vienne vous accueille du lundi au samedi de 9 heures à 19 heures.