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  1. « Nous construisons le premier fronton de pelote basque d’Afrique »

« Nous construisons le premier fronton de pelote basque d’Afrique »

Jean-Louis Verlhac est président de Togo 19, une association qui intervient au Togo depuis 15 ans. Cette association est soutenue par la Région pour la construction d’un bâtiment scolaire et la réhabilitation d’un dispensaire. Le projet comprend également la réalisation d’un fronton de pelote basque. Une première sur le continent africain.

Questions - Réponses au président de l'Association

On a l’habitude de voir des associations qui créent des écoles et des dispensaires en Afrique. Mais pas des frontons…

Jean-Louis Verlhac : Oui, et comme dans bien des cas, c’est un concours de circonstances qui a déclenché le projet qui remonte à 2008. Je suis moi-même joueur de pelote basque et au fur et à mesure des visites au Togo, nous avions remarqué que le mur de l’école pouvait servir de fronton. C’est une discipline facile d’accès et on s’est dit qu’elle pouvait être intéressante à plusieurs titres : culturel et social. C’est aussi l’occasion de proposer autre chose que du football. On a insisté pour que ce soit une pratique mixte, ce qui n’est pas toujours évident en Afrique. L’année suivante nous avons donc apporté un peu de matériel. Les palas, qui servent à frapper la balle nous sont été données par le club de Brive. On a aussi récupéré des balles de tennis. Et ça a pris.

En quoi la construction du fronton est-elle si importante ?

Ça fait maintenant huit ans que les jeunes jouent à la pelote contre le mur de l’école à Séva. A chaque fois que j’y vais je constate l’engouement pour ce sport. C’est devenu un projet global, appuyé par l’institution scolaire et qui concerne maintenant quatre villages supplémentaires. A travers cette activité, les enseignants arrivent à développer certaines valeurs aussi importantes que le respect de l’autre, des arbitres, des horaires. On touche un nombre incroyable d’enfants. Petits, grands, maigres, costauds, adultes, tout le monde joue. J’évalue à au moins cinq cent le nombre d’enfants pratiquant régulièrement et ils sont plus de mille à avoir déjà essayé. Mais pour développer une activité, il faut qu’elle puisse se dérouler dans des conditions normales. Là, on souhaite créer une infrastructure qui puisse être utilisée pour toutes les spécialités de la pelote. Et ce sera le premier fronton en Afrique.

Vous avez emmené deux jeunes joueurs Togolais aux Championnats du monde des moins de vingt-deux ans en Espagne au mois de septembre 2015. Vous êtes en liens avec la Fédération internationale…

Nous ne sommes pas une association sportive. Nous faisons de la solidarité internationale. On leur a montré qu’il fallait se structurer s’ils voulaient aller plus loin. Le Pilotari club de Séva a été créé en 2012 et on demande aux enfants de se licencier pour jouer. On a rencontré les instances nationales mais on n’a pas réussi à créer une fédération. Le club est donc directement affilié à la Fédération internationale. C’était obligatoire pour pouvoir envoyer des jeunes aux championnats. Pour l’instant, il n’y a rien de concret mais notre projet intéresse. Le président de la fédération a promis de nous aider financièrement car pour se développer, la pelote doit être présente sur tous les continents. Il n’y a pas besoin d’être Basque pour jouer à la pelote. L’île de la Réunion a des champions.

Quel accueil a été réservé au projet de fronton ?

Il n’y a eu aucune opposition. Les membres de l’association ont compris que c’était un moteur, qui apporte autre chose que le plan sportif. En 2010, huit élèves Togolais âgés de 10 à 15 ans sont venus assister aux Championnats du monde de pelote basque à Pau. Ils ont passé une dizaine de jours en classe à Brive et ont rencontré leurs correspondants, notamment à l’école Jacques-Prévert de Terrasson. C’est la pelote qui l’a permis. On retrouve le même engouement chez nos partenaires. Nous avons présenté le projet en 2013 à la Région. On en a discuté longuement pour expliquer la nécessité de l’infrastructure. On a dû les convaincre de l’utilité réelle du fronton et on même obtenu un bonus financier. C’est ce qui apporte le côté innovant au projet. Dans le club de Brive, le lancement de la pelote au Togo a suscité beaucoup d’interrogations de la part des licenciés. Certains nous accompagnent et nous soutiennent. Des joueurs y sont d’ailleurs allés. Ils ont organisé des entrainements et en ont profités pour faire du tourisme. Toujours dans l’échange. Togo 19 envoie régulièrement des jeunes, étudiants, élèves ingénieurs ou infirmiers. C’est l’un des rôles de l’association.

Techniquement, comment ça va se passer ?

Basiquement, un fronton c’est trois murs. Trois murs que les villageois vont construire, c’est leur contribution. On trouve les financements mais c’est eux qui réalisent. Et toute la communauté participe. Certains apportent du sable pour les parpaings, d’autres vont défricher le terrain. Bien sûr, des professionnels vont les épauler. C’est un chantier tout de même. Mais c’est aux habitants et aux acteurs locaux sur place de poursuivre le projet. Dans certains villages, ils ont construit eux-mêmes leurs palas.

Comment assurez-vous le suivi des opérations ?

Le directeur de l’école, monsieur Zanou est notre relais sur place. Nous validons les devis par mail et nous nous rendons aussi régulièrement au Togo. Tous les travaux que nous avons menés ont été réalisés en temps et en heure. Là, tout devrait être bouclé en 2017. La moitié de la subvention est accordée par la Région au début des travaux. L’autre partie à la fin, après un compte-rendu technique et financier.